Chateau de Chambord (photo Dominic Hofbauer)

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Au XVIe siècle, l’accès aux latrines du rez-de-chaussée et des combles se faisait depuis les escaliers de chaque tour. Au rez-de-chaussée, seules de petites fenêtres d’aération communiquaient avec l’extérieur. Les anciens plans et les graffiti indiquent que ces ouvertures furent transformées au XVIIIe siècle en portes dans les tours Nord, Est et Ouest pour faciliter l’accès depuis la cour. Aujourd’hui, la porte de la tour Est est la seule à subsister, les deux autres ayant été reconverties en fenêtres à la fin du XIXe siècle.

Les bancs percés installés à l’aplomb des fosses cessèrent d’être utilisés dans le courant du XIXe siècle, mais subsistèrent pour partie jusqu’en 1913 d’après quelques témoignages oraux. Après la seconde guerre mondiale, les conduits verticaux constituèrent une belle opportunité pour la mise en électricité du château, et on y fit passer les câbles du réseau. Les accès aux fosses furent alors recouverts d’épaisses dalles de béton.

Cependant, parmi ces changements, les modifications apportées au système de latrines dès l’origine sont assurément les plus intéressantes. En effet, on trouve des vestiges de maçonneries arrachées et de murs détruits dans les fosses de plusieurs tours. Ces murs primitifs, qui émergent à peine des gravats et des couches archéologiques, semblent avoir été détruits rapidement, et apparaissent enfin comme des traces tangibles du lointain premier projet.


Le coin du spécialiste

Plan topographique de la tour Ouest, niveau -1.  Ouvrir

Plan topographique de la tour Sud, niveau -1.  Ouvrir
Plan topographique de la tour Est, niveau -1.  Ouvrir
Plan topographique de la tour Nord,  niveau -1.  Ouvrir

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Premières maçonneries : le système d'aisance

Depuis le Moyen Age, les châteaux disposent très généralement de latrines. Parmi les différents aménagements en usage, le système à fosse se généralise peu à peu et équipe la plupart des demeures seigneuriales à la fin du XVe siècle. A Chambord, la première exploration systématique de ces espaces a lieu en septembre 1994. Elle est l’œuvre de quatre jeunes passionnés d’architecture qui, devant déplacer les gravats qui obstruent l’accès à certaines fosses, pénètrent parfois dans des espaces demeurés jusqu’alors inexplorés.

Chacune des quatre tours du donjon abrite un étonnant système de latrines, qui se compose de deux fosses souterraines de décantation. De dimensions différentes, les deux fosses communiquaient initialement par un petit passage voûté, qui fut ensuite obstrué par un muret. En effet, les chaînages forcés, la stratigraphie et l’emploi de pierres de récupération indiquent qu’il s’agit d’une condamnation ultérieure du passage.

Au rez-de-chaussée, des bancs d’aisance étaient installés à l’aplomb de la plus petite fosse, dans un petit réduit auquel on accède depuis le départ des escaliers dits « de fond en comble ». Les plans de Jacques Androuet du Cerceau indiquent des bancs à 2 ou 3 sièges, dont la trace est encore visible sur les murs parmi quelques graffiti anciens. Souvent explicites, ces derniers témoignent de l’usage des lieux, tout en révélant l’ancienneté d’une tradition de lutte contre l’ennui encore bien vivace dans les W.C publics d’aujourd’hui…

Par un conduit vertical ménagé dans la maçonnerie, la petite fosse d’aisance recevait également les déjections en provenance du galetas, au cinquième étage du château. En effet, afin d’éviter la propagation d’effluves aux niveaux principaux, les commodités étaient ainsi situées au rez-de-chaussée et à l’étage des combles, où les graffiti de circonstance pullulent également. On note, en effet, dès le XVe siècle, une raréfaction des lieux d’aisance aux étages nobles à mesure que se répand l’usage des chaises percées. Un second conduit vertical, parallèle au premier, assurait très probablement une ventilation du système.

 
Des traces de sédimentation visibles sur les parois des fosses permettent d’apprécier le niveau d’inondation maximum qui y fut parfois atteint. Dans les latrines de la tour Sud, où les montées de la nappe phréatique n’ont pas perturbé les niveaux apparents, le volume des déjections peut être estimé à 50 m3. Durant les brefs séjours de la Cour au château, l’utilisation des latrines dût parfois être intensive.

A l’usage, les aménagements conçus pour en optimiser le fonctionnement ont été abandonnés, vraisemblablement faute de s’avérer efficaces. Ainsi, les sommets des conduits d’aération ont été bouchés, et l’accès aux grandes fosses - dont le curage était sans doute difficile en raison de l’exiguïté et du manque d’aération – a été condamné. Les boues et détritus des petites fosses ayant été jetés dans les grandes avant que leur entrée ne fût murée, les objets retrouvés dans ces dernières permettent ainsi de dater du XVIe siècle cette modification du système.

Pierre de réemploi dans le bouchon séparant les 2 fosses d’aisance + graffiti de clystère daté de 1555 (tour Sud).
A droite, l’accès à la petite fosse de la tour Sud, avant les fouilles archéologiques

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